par Frédéric RoulettePrévisualiser les modifications (ouvre un nouvel onglet)

La pratique artistique d’Anelys Wolf se déploie dans un territoire où la peinture, la recherche sur les archives photographiques et un constant déplacement géographique s’entrelacent dans un même processus. Son travail n’aborde pas l’image comme une représentation fixe, mais comme un champ dans lequel la mémoire visuelle se réactive, se déplace et acquiert de nouvelles formes à travers le geste pictural.

Depuis 2010, Anelys Wolf a suivi un riche itinéraire de résidences, de recherches et d’expositions dans différents pays d’Europe, du Canada et d’Amérique latine, développant une pratique marquée par la circulation entre contextes culturels, archives et institutions. Ce parcours ne répond pas uniquement à une logique d’exposition, mais à une méthodologie de travail dans laquelle le voyage devient un outil de recherche et d’activation de matériaux visuels — une sorte de quête intérieure qui répond à ses « obsessions » existentielles : le corps féminin et le fait d’être femme, les hiérarchies entre les individus, ainsi que la présence de l’architecture comme manifestation visible du contexte culturel.

Lors de sa récente exposition à la Galerie Frédéric Roulette hors-les-murs, à Paris, elle présentait une série d’œuvres réalisées pendant son séjour à Milan en 2022, dans le cadre de la résidence internationale Via Farini. L’artiste y a consulté les archives du Musée de Photographie Contemporaine de Milan (MUFOCO), développant une recherche centrée sur la représentation de la femme italienne au XXͤ siècle. Au-delà de la référence iconographique, elle exploite ce matériau documentaire comme un espace de lecture sensible, où les images fonctionnent comme des traces d’une mémoire collective fragmentée. Les peintures émergent alors comme une opération de réécriture dans laquelle le photographique se transforme, se recharge, se brouille, devient diffus — et où différents types de femmes apparaissent avec dignité, force et une présence presque fantomatique.

 

Cette même approche se prolonge dans d’autres projets en cours. En septembre 2025, lors d’une visite en Suisse, l’artiste accède aux archives de la famille Klee au Zentrum Paul Klee à Berne — expérience qui donne naissance à une nouvelle série d’œuvres présentées dans l’espace culturel Juraplatz, dans la ville voisine de Bienne. Elle y aborde la figure invisibilisée de Karla Grosch, danseuse et professeure allemande de gymnastique du Bauhaus, proche de la famille Klee.

Dans ce cas, l’archive n’agit pas seulement comme une source documentaire, mais comme un dispositif temporel permettant d’activer des relations entre biographie, histoire de l’art et mémoire matérielle. Comme le dit Wolf : « Dans certains projets, j’agis comme une médium : je réveille des personnes qui apparaissent sur les photographies, mortes depuis longtemps, qui me transmettent quelque chose de leur vitalité et reviennent à la vie pour dire quelque chose. Cela m’émeut profondément de travailler ainsi. »

Parallèlement, Wolf maintient une collaboration avec le Home Museum de Londres, où elle développe un projet de recherche en cours. Une partie de ce travail a déjà été esquissée lors de l’exposition collective présentée en janvier de cette année à la galerie Vestry Street, dans la même ville, offrant un premier aperçu de ses explorations autour de l’archive domestique anglaise.

Tout au long de sa trajectoire, l’artiste a consolidé une méthodologie dans laquelle l’archive photographique occupe une place centrale — non pas comme un document figé, mais comme une structure vivante. Sa pratique se situe à un point de tension entre recherche historique et expérience sensible, où l’image est comprise comme un organisme en constante transformation.

Anelys Wolf peut ainsi être perçue comme une artiste voyageuse et chercheuse, dont l’œuvre se construit à partir du déplacement physique et conceptuel entre villes, institutions et temporalités. Son travail articule la peinture comme un espace de médiation, où des figures du passé — issues d’archives publiques ou privées — réapparaissent sous de nouvelles configurations visuelles, activées par une sensibilité contemporaine qui tisse mémoire, fiction et document.

Anelys Wolf est une peintre chilienne née à Valdivia en 1974, diplômée de l’Université du Chili à Santiago. Établie dans le nord de la Patagonie, sur l’île de Chiloé, elle développe sa pratique entre l’Amérique du Sud et l’Europe. Depuis 2010, son travail s’articule autour de résidences, de recherches et de déplacements constants, consolidant une pratique qui la positionne comme une artiste voyageuse, établissant des ponts culturels entre les deux continents.

www.anelyswolf.com

By Art-Trends

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