21 octobre 2022 – 5 février 2023
1er et 2e étages du Cube, Salle blanche

Pour la première fois en France, l’exposition explore comment, à partir du milieu du 19e siècle, l’essor du chemin de fer a modifié notre perception et nos représentations du temps et de l’espace : peindre le paysage, synthétiser le territoire, voir en mouvement ou en panorama, caractériser le temps du voyage lorsque l’on est livré à soi-même ou aux autres… « C’est un artiste qui procède à la façon des maîtres. Ne lui demandez pas les détails, mais l’ensemble où est la vie. […] En quelques heures, il vous présente toute la France, sous vos yeux se déroule la totalité du panorama, une succession rapide d’images charmantes et de surprises toujours nouvelles. »
Jules Claretie, Voyages d’un Parisien, 1865.

Le train est-il un artiste comme l’affirme Jules Claretie ?
Ayant considérablement bouleversé notre rapport sensible à l’espace et au temps, il a assurément été le moteur d’une transformation profonde de leurs représentations artistiques, produisant des réponses iconographiques et esthétiques variées qui ont nourri l’évolution de l’art moderne. De fait, celui-ci renonce, pour partie, à l’idéal d’un point de vue fixe sur un monde préindustriel immuable.
Un ensemble d’environ 100 oeuvres montre, de la critique à la célébration, du refus à l’adaptation, comment les artistes ont réagi à ce nouvel environnement, alors que rails, ponts, vapeur, signaux, horloges, gares et télégraphe devenaient les emblèmes technologiques d’une circulation rapide et régulée des êtres, des marchandises et de l’information, dégagée des contraintes naturelles.
Le Voyage en train s’inscrit également dans l’histoire et l’esprit de la vie culturelle de la métropole nantaise, particulièrement marquée par l’imaginaire technique (musée Jules Verne et future Cité des imaginaires, les Machines de l’Île, festival Les Utopiales).
L’exposition Le Voyage en train se déploie en deux parties, aux premier et deuxième étages du Cube ; elle est complétée dans la Salle blanche par une installation contemporaine de l’artiste Corentin Leber.
En écho à l’exposition Le Voyage en train du Musée d’arts de Nantes, le Musée Jules Verne proposera une exposition consacrée aux chemins de fer dans les ouvrages de l’auteur nantais.

UNE SCÉNOGRAPHIE INVITANT AU VOYAGE
Dans une scénographie signée Scénografiá, cherchant à faire ressentir les tensions spatiales et temporelles au coeur du propos, l’exposition présente un ensemble varié d’oeuvres des années 1840 aux années 1930, intégrant également quelques oeuvres contemporaines.
Au premier étage du Cube, la scénographie évoque un paysage lumineux. Les cimaises traversent l’espace, tels des trains en mouvement, se détachant sur le fond d’un grand dégradé coloré évoquant le ciel.
Au deuxième étage, le visiteur déambule entre intérieur et extérieur, entre gares et wagons, entre rythme effréné et temps suspendu, prolongeant l’expérience jusqu’au voyage intérieur.
Un parcours familial et un espace pédagogique sont proposés à tous les visiteurs.

ADIEU LA MYTHOLOGIE !  LE TRAIN DANS LE PAYSAGE

Surgissant à l’aurore, une locomotive fumante fait fuir des faunes dans l’obscurité d’une forêt primaire. Le tableau de Frédéric-Auguste Barthodi, Adieu la mythologie ! (vers 1870) ouvre l’exposition. Des années 1840 aux années 1880, aux États-Unis (George Inness), en France (Claude
Monet, Auguste Renoir, Vincent van Gogh) ou en Italie (Adolfo Tommasi), les artistes portent attention à l’esso du chemin de fer et la transformation fondamentale du paysage qu’il produit et à l’apparition d’une « machine dans le jardin » (Leo Marx) qui vient perturber l’idéal d’une
nature éternelle, mythologique ou pastorale. Le paysage traversé par le train est le symbole de l’éphémère et d’une rupture temporelle.
Extrait du catalogue d’exposition François Jarrige, « Un choc ferroviaire. Paysages, sociétés et discordance spatio-temporelle au 19e siècle »
« Une véritable mystique du progrès par la vitesse prend forme, ironiquement condensée dans un tableau de 1848 imaginé par Gustave Flaubert dans L’Éducation sentimentale : il « représentait la République, ou le Progrès, ou la Civilisation, sous la figure de Jésus-Christ conduisant une locomotive, laquelle traversait une forêt vierge ». La vitesse est représentée comme un attribut démocratique, voire un vecteur de fraternité, auquel sont sensibles nombre de saint-simoniens comme Constantin Pecqueur qui imagine dès la monarchie de Juillet un monde contracté, rapproché par le chemin de fer, un monde plus égalitaire, associant les classes, les genres de vie et les sexes.
D’abord hostiles et prudentes, les autorités religieuses se convertissent également à la vapeur comme l’a montré Michel Lagrée. Il y eut certes des détracteurs comme Louis Veuillot, dénonçant dans la technique prométhéenne une folie émancipatrice oublieuse de Dieu.

Mais il y eut aussi des ralliés, et même des catholiques technophiles au coeur de la modernité, adeptes de calices en aluminium, de confessions par téléphone et soucieux d’élaborer une « théologie de la vapeur » pensée comme un instrument de la reconquête catholique. L’Église ne tarde d’ailleurs pas à organiser de grands pèlerinages en profitant du nouveau moyen de transport. Les autorités religieuses bénissent les voies et les locomotives devant la foule des fidèles, entérinant ainsi la nouvelle sacralité du progrès. En 1854, lors de l’inauguration de la ligne
reliant Epernay à Reims, l’archevêque s’exclame « que béni soit ce chemin, ouvrage merveilleux de la main des hommes ». Les médecins, inquiets au début, deviennent également d’ardents promoteurs du train dont les effets « sur la santé générale » sont désormais considérés comme « des plus heureux ». »

Vincent van Gogh, Wagons de chemins de fer à Arles, 1888

Dans une lettre à son frère Théo datée du 31 juillet 1888, Vincent van Gogh exprime son émotion esthétique à la découverte d’un dépôt ferroviaire. Wagons de chemins de fer à Arles témoigne de l’intérêt de l’artiste pour les nmoyens de locomotion propices aux vues japonisantes, ndécoupant les paysages en fragments d’espaces et de temps : « de l’Hokusai pur ».
Dès 1876, année où Monet peint la présence rougeoyante nd’un Train dans la neige (Musée Marmottan Monet), van Gogh, alors en Angleterre, est frappé lors d’une promenade par le fanal rouge d’une locomotive et par la lumière filante des wagons se détachant du ciel au crépuscule. Même sous le soleil du Midi, la puissance des lumières des feux du train capte encore l’attention de nl’artiste. L’importance de ce détail est confirmée par une autre lettre à son frère, écrite ce mois de juillet 1888 où ilpeint à plusieurs reprises des trains à Arles : n« Pourquoi, me dis-je, les points lumineux du firmament nous seraient-ils moins accessibles que les points noirs nsur la carte de France.
Si nous prenons le train pour nous rendre à Tarascon ou à
Rouen nous prenons la mort pour aller dans une étoile. Ce nqui est certainement vrai dans ce raisonnement c’est que nétant en vie nous ne pouvons pas nous rendre dans une étoile. Pas plus qu’étant morts nous puissions prendre le ntrain. Enfin il ne me semble pas impossible que le choléra, la gravelle, la phtisie, le cancer, soient des moyens de locomotion céleste comme les bateaux à vapeur, les omnibus et le chemin de fer en soient de terrestres.
Mourir tranquillement de vieillesse serait y aller à pied. » nLa comparaison entre voie de terre et voie de chemin nfer est sous-tendue avec force par les questionnements nmétaphysiques autour d’une voie céleste.
Par ailleurs, l’ambivalence de cette représentation de l’emblème de la modernité qu’est le train relève aussi ncertainement d’une expérience à la fois heureuse (artistiquement) et malheureuse (humainement), le déracinement et la solitude, alors même qu’il s’impatiente
de voir Paul Gauguin arriver en Arles (par le train) pour fonder une colonie d’artistes. Dans la lettre qu’il écrit à nson frère le 12 août et dans laquelle il mentionne l’étude des Wagons de chemin de fer à Arles, la juxtaposition de nremarques esthétiques et sentimentales est frappante :n « Comme le jaune est beau ! Et comme je verrai mieux nle nord. Ah, je souhaite toujours que le jour vienne où nvous verrez et sentirez le soleil du sud. » La force de ncette oeuvre tient à ce que le train n’est pas seulement un motif, mais aussi un fragment du voyage pictural d’un peintre hollandais, entre le nord et le sud (dont témoigne l’inscription de la PLM sur les wagons) ainsi qu’entre san vie nomade sur terre et l’au-delà qui l’appelle.

DANS LE CADRE DES PORTIÈRES. LE PAYSAGE VU DU TRAIN

Reprenant le vers de Paul Verlaine (La Bonne Chanson, 1870), la seconde section inverse le point de vue.
Les artistes ne regardent plus le train passer mais l’empruntent, embrassant la modernité du « regard véhiculé » (Clément Chéroux) et tentent de rendre compte visuellement du paysage traversé, entre défi d’en saisir des fragments mouvants et ambition de rendre comptede son étirement, par la synthèse ou le défilement. Un espace est dédié à la photographie, des premières « vues instantanées obtenues pendant la marche rapide d’un train » de Paul Nadar (1884) aux quasi-abstractions de Sophie Ristelhueber (vers 1984). Des exemples picturaux précoces (Reine Victoria, George Frederic Watts) trouvent des échos dans les vues panoramiques de Ferdinand Hodler et dans les paysages énigmatiques de Marc Desgrandchamps. Enfin, le panorama cinématographique des frères Lumière ouvre la voie à un défilement, sans arrêt, de l’image. Le motif a des implications esthétiques profondes car, au fond, qui est l’artiste ? Le voyageur qui capte des images ou la machine qui les impose au regard ?

Ferdinand Hodler, La Pointe d’Andey, vallée de l’Arve (Haute-Savoie), 1909
Dès le milieu du 19e siècle l’expérience visuelle du défilement du paysage par la fenêtre du train a joué un rôle important dans le développement de certaines esthétiques picturales, y compris pour des peintres en principe assez éloignés du sujet ferroviaire. Le témoignage de Johan Barthold Jongkind évoque à cet égard les liens qui existent entre la captation fragmentaire d’un paysage et l’accélération du geste pictural : « Dans le cadre de la fenêtre du wagon j’ai vu passer, à la vitesse d’un éclair, plus de mille tableaux successifs, mais je ne les ai qu’entrevus, très vite effacés par le suivant et, au retour, je les ai revus mais avec une lumière différente et ils étaient autres.

Et j’ai compris que c’était comme ça qu’il fallait peindre : ne retenir que l’essentiel de la lumière surprise en une seconde à des moments différents. L’impression fugitive sur la rétine suffit. Tout le reste est inutile ».
Comme l’a montré Niklaus Manuel Güdel, l’expérience ferroviaire de Ferdinand Hodler a un impact conceptuel différent sur son oeuvre, lui qui écrivait qu’« une vue sur le lac en chemin de fer produit un charme durable par la continuité d’un paysage agréable […] Le fait de son prolongement en augmente le plaisir par la durée ». Grand voyageur, les motifs qu’il peint en Suisse suivent l’ouverture des lignes de chemin de fer. Autour de 1900 il dessine régulièrement dans le train et griffonne dans ses carnets des esquisses dont certaines lui servent de base à des peintures. Cette pratique a certainement contribué à l’élaboration de ses principes de composition, qu’il s’agisse de son concept de parallélisme ou de son idée de « ligne de paysage », résumés graphiques des particularités géographiques du lieu représenté.

 

UNE COLLECTION ÉPOUSTOUFLANTE

Le Musée d’arts de Nantes est l’un des rares musées français à offrir aux visiteurs un parcours muséographique complet. Depuis sa création en 1801, le musée n’a cessé d’enrichir ses collections en acquérant en particulier des oeuvres d’artistes vivants, comme Delacroix, Ingres ou Courbet. Après 1900, les collections ont continué de s’étoffer, accueillant de nombreux chefs-d’oeuvre.
Une ouverture d’esprit, et une curiosité à l’égard de l’art de son temps qui perdurent et offrent aujourd’hui un large panorama de la création de l’art ancien à l’art contemporain.
Le Pérugin, Gentileschi, La Tour, Watteau, Delacroix, Ingres, Monet, Kandinsky, Soulages, Hanson, Viola… le Musée d’arts expose de somptueux chefs-d’oeuvre d’artistes célèbres dans le monde entier. En art ancien, citons par exemple Le Songe de Joseph de Georges de La Tour ou encore Diane chasseresse d’Orazio Gentileschi. Au 19e siècle, découvrez l’extraordinaire Portrait de Madame de Senonnes de Jean-Auguste-Dominique Ingres ou Les Cribleuses de blé de Gustave Courbet.

En art moderne, Le Nu jaune de Sonia Delaunay est exposé aux côtés de la Trame noire de Vassily Kandinsky. Enfin, les collections contemporaines comptent La Belle Mauve de Martial Raysse ou encore Flea Market Lady de Duane Hanson.

INFORMATIONS PRATIQUES

HORAIRES D’OUVERTURE AU PUBLIC*
Ouvert du lundi au dimanche, de 11 heures à 19 heures, nocturne le jeudi jusqu’à 21 heures.
Fermé le mardi.
Fermé les 1er janvier, 1er mai, 1er novembre et 25 décembre.
Dernier accès 30 minutes avant la fermeture du musée.
L’évacuation des salles débute 20 minutes avant la fermeture.
VISITE DES EXPOSITIONS TEMPORAIRES
Il est possible d’acheter son billet sur : www.museedartsdenantes.fr ou à l’accueil-billetterie du musée.
Pour limiter le temps d’attente à l’entrée de l’exposition, profitez-en pour réserver un créneau de visite ! Fortement conseillé les week-ends, jours fériés et pendant les vacances scolaires, cette réservation assure un accès prioritaire à l’exposition.
TARIFS
Tarif plein 8€ / Tarif réduit 4€*
*Pour les jeunes de − de 26 ans, les enseignants, les titulaires de la Carte Cézam, de la carte Tourisme et Loisirs 44, les titulaires de cartes CE et partenaires, les titulaires d’une carte famille nombreuse, 1 heure avant la fermeture.
Gratuit
• lors de la nocturne hebdomadaire, chaque jeudi de 19 heures à 21 heures,
• les 1ers dimanches de chaque mois, hors juillet – août,
• pour les − de 18 ans, les personnes en situation de handicap et leur accompagnant, les demandeurs d’emploi et les bénéficiaires de minima sociaux,
• les détenteurs du Pass Musées,
• les détenteurs de Carte Blanche.
PASS MUSÉES : 15€**
Ce pass vous donne un accès illimité pendant 1 an aux expositions temporaires et aux collections permanentes des musées suivants :
Musée d’arts de Nantes, Château des Ducs de Bretagne,
Muséum d’histoire naturelle, Musée Jules-Verne,
Chronographe.
VENIR AU MUSÉE
Musée d’arts de Nantes, 10 rue Georges-Clemenceau, 44000 Nantes
Tram Ligne 1, arrêt Gare SNCF Nord ou arrêt Duchesse
Anne-Château
Busway : Ligne 4, arrêt Foch-Cathédrale
Bus : C1, 11, 12 : arrêt Trébuchet ou Bus C1, C6, 11 : arrêt
Foch-Cathédrale
Parkings conseillés : Cathédrale, accès rues Sully et
Tournefort

 

By Art-Trends

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